وصل اعتماد رقم  47/رت  الصادر عن وزارة العمل بتاريخ 07-01-1992

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بيان الفرع النقابي

 

 

La réforme LMD et l'université algérienne: les vrais enjeux.

Par Farid Cherbal*

 Trois réformes  ont été engagées par le pouvoir au niveau de l'université depuis l'année 1998 : la réforme de la gestion de l'université (Loi d'orientation de l'enseignement supérieur du 17 Août 1998 et mise en application par le décret exécutif du 23 Août 2003), la réforme des enseignements du supérieur ( qui est en fait la réforme LMD, voir plus loin les détails) adopté  par le Conseil des ministres du 30 Avril 2002 (en application du plan des recommandations de la CNRSE) (1) et la réforme de la fonction publique (qui est toujours en discussion uniquement et exclusivement avec le syndicat  UGTA…) (2) qui va toucher le statut particulier des enseignants-chercheurs,  du personnel administratif et technique de l'université.

Les deux premières réformes se font dans une université qui vit une crise multidimensionnelle depuis deux décennies et par le contexte dans lequel elles s'insèrent, il s'agit de réformes néolibérales (3) qui vont se décliner suivant plusieurs axes: la dérégulation et le  démantèlement du service public universitaire, la réduction de la dépense publique dans le secteur de l'enseignement supérieur et l'ouverture sur le marché. Elles ont pour but d'adapter l'enseignement supérieur algérien   à la feuille de route de la mondialisation néolibérale dans le cadre de l'accord d'association avec l'union européenne, et de  transformer ainsi  l'université publique en université productive/marchande/mercantile.

 La réforme LMD (Licence/ Master/ Doctorat) va rentrer en vigueur  à partir de la rentrée universitaire 2004/2005 en Algérie et elle touchera dans un premier temps 10 établissements de l'enseignement supérieur sur les 58 existants.

 Avant d'aller plus loin, Il faut préciser que la réforme de l'université est indispensable  mais toute réforme doit aller vers une université publique performante et  la démocratisation du savoir et l'égalité des chances entre les  étudiants doivent être  préservés.                                                

Qu'est ce la réforme LMD (ou système LMD), comment est elle arrivée en Algérie et quels sont ses objectifs? Est  elle applicable aux réalités de l'université algérienne? Quels sont les vrais enjeux de la réforme LMD qui se cachent derrière la novlangue de bois néolibérale  qui parle du système LMD comme d'une "potion magique" (avec bien sûr l'axe FMI- Banque Mondiale- OMC dans le rôle d'Astérix…)  Qui réglerait tous les problèmes de l'enseignement supérieur du monde entier et de l'Algérie en particulier? Une réforme pour une  université  publique  performante  est elle possible?                                           

Avant de répondre à ces questions, il faut tout d'abord faire un état des lieux de l'université algérienne et d'analyser les éléments de la crise multidimensionnelle qui la secoue depuis deux décennies.

 I)                   Retour sur la crise multidimensionnelle de  l'université (4)

La rentrée universitaire 2004/2005 se fera dans des conditions  très difficiles: déficit en places pédagogiques, déficit en encadrement, déficit dans l'hébergement (5), et pour couronner le tout,  60 % des nouveaux bacheliers n'ont pas eu la filière d'étude de leurs choix!!!! Tout cela est du (en partie) à un taux de réussite exceptionnel   de 42% au bac  cette année (malgré 3 mois et demi de grève des enseignants du secondaire à l'appel des syndicats CLA et CNAPEST…) (6) et qui verra 200000 étudiants (au lieu des 140000 prévus…) rejoindre les campus et porter ainsi le nombre total d'étudiants à 740000 qui seront encadrés par 25300 enseignants.

Le secteur de l’enseignement supérieur souffre depuis le début des années 1980 de l’absence d’une politique nationale de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique.  Cette politique doit fixer les objectifs stratégiques pour l’université pour le cours, le moyen et le long terme.  L’unique "politique" du pouvoir  demeure la gestion des flux des étudiants.

La seule et unique politique nationale de l’enseignement supérieur qu’a connue l’Algérie, est la RES (Réforme de l’Enseignement Supérieur). Elle a été promulguée en 1971 et c'était le fruit des luttes et des sacrifices des militantes et militants de l’ UNEA historique (7). La RES a permis le démantèlement de l’université coloniale, la démocratisation de l’enseignement supérieur et l’égalité des chances entre les étudiants.

C'est dans les années 80 avec l’arrivée des premiers flux massifs des étudiants que débuté  la crise de l’université qui va se traduire par les éléments suivants :

 - la fin d’une politique nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche, au profit de la "politique" de gestion des flux d'étudiants

- une politique populiste et volontariste, connue sous le nom de "carte universitaire", a été mise en place et va entraîner l’ouverture tous azimuts (sous l’influence des lobbies locaux et nationaux) de centres universitaires et d’universités, dans diverses régions du pays, sans tenir compte des normes universelles (disponibilité de l'encadrement, environnement socio-économique et culturel…) qui régissent l’ouverture d’institutions universitaires. Cela va entraîner une très grande hétérogénéité entre les universités  dont on paye aujourd'hui le prix…

- au moment ou les universités américaines et européennes faisaient appel aux compétences des scientifiques de tous les pays, la politique démagogique de l’algérianisation allait déstabiliser l’encadrement des universités. Elle a poussé les enseignants coopérants, de haut niveau et de toutes les nationalités, qui ont contribué à l'édification de l'université nationale, à quitter le pays, créant ainsi un vide scientifique qui ne sera jamais comblé (8). Ce départ massif va entraîner: une perte de visibilité de l'université algérienne de la part de la communauté scientifique internationale et  la dévalorisation des diplômes algériens au niveau des universités internationales, malgré la propagande de la bureaucratie universitaire  sur "les standards internationaux"  des diplômes délivrés par certains établissements de l'enseignement supérieur (ex : l'USTHB et l' EPAU d'El Harrach...)

- la dégradation dramatique des conditions pédagogiques et de l'exercice du métier d'enseignant: amphis et salles de TD surchargés, faiblesse des moyens matériels, suppression des TP, des mémoires de fin d'études et des stages de terrain,  non respect des normes pédagogiques de l'UNESCO, vont faire perdre l'équivalence aux  diplômes universitaires algériens avec les diplômes européens et américains.

- la dissolution dans la plus grande opacité de l’ONRS (Office National de la Recherche Scientifique) mettant fin à la politique de la recherche–formation, nécessaire à la reproduction de l’université.

- la diminution drastique du budget alloué à l’enseignement supérieur après la chute du prix du pétrole en 1986 et l’arrêt de la construction de grandes universités, ont aggravé le déficit en infrastructures sur le plan pédagogique et social

- l’arrêt des investissements économiques va entraîner une diminution dramatique des débouchés pour les diplômés de l’université, qui vont grossir le rang de l’armée des chômeurs

- la gestion opaque et antidémocratique de l’université par la bureaucratie universitaire constituée par les recteurs, vice-recteurs,  directeurs d'instituts (aujourd'hui doyens de facultés) chefs de département. (9)

- la dégradation des conditions socioprofessionnelles des enseignants

- L’aggravation de la crise politique, économique et sociale du pays au début des années 1990, va se traduire au niveau de l'université par: une diminution du budget de formation de l’étudiant qui va passer de 700 dollars en 1987 à 200 dollars en 1999 (10),

 -  La précarisation et la dépermanisation du métier de l'enseignant, une diminution du ratio d’encadrement à cause de l'arrêt du recrutement d'enseignant permanents (11)            

 - L’exil économique des enseignants du supérieur et des diplômés universitaires (12)

 

 L’université a perdu sa fonction universelle c’est à dire la production du savoir, la transmission et l’application de ce savoir, pour devenir une machine à produire l’échec et les chômeurs diplômés .                                                                                          

La bureaucratie universitaire a profité de cette crise pour vampiriser/phagocyter (là ou le rapport de forces le lui a permis) les prérogatives pédagogiques des enseignants et mettre à mort le métier d’enseignant, les équipes pédagogiques  et le procès pédagogique.

 C'est dans cette université en crise que la réforme LMD va s'appliquer.

 I)                   Qu'est ce que la réforme LMD?

 

C'est  l’appropriation par les Européens, de l’architecture du cursus universitaire en vigueur dans les pays anglo-saxons:USA, Royaume Uni.                                         

Le correspond à Licence (Bac + 3) c’est le BA (Bachelor of arts, équivalent de la licence, délivré aux USA et au Royaume Uni quatre années après le bac). Le M correspond à  Master  c’est le MA ("Master of arts") équivalent du Bac+5, qui, dans  les pays anglo-saxons, est le niveau qui sanctionne des études longues, approfondies et une spécialisation comme une aptitude à des responsabilités professionnelles; c’est également le niveau de diplôme indispensable pour se lancer dans la formation à la recherche par la préparation d'une thèse.                                                                                                                              

 Le D correspond à Doctorat (Bac + 8) c’est le PhD, sanctionné par le titre de "Docteur".
La réforme LMD est rentrée en Algérie dans les "bagages" de l'accord d'association  avec l'union européenne  en vue de créer une zone de libre échange.

C'est pour cela qu'il est intéressant de revoir d'une façon brève l'histoire du LMD en Europe et les objectifs qui ont été assignés à cette réforme par les pays européens.

 

II)                Brève histoire du LMD en Europe:

 Le système LMD a été lancé le 25 mai 1998 à l'occasion du 800° anniversaire de  La Sorbonne par les ministres de l'enseignement supérieur des 4 grands pays, européens (Allemagne, Angleterre, France, Italie). L'initiateur du projet était M Claude Allègre, ministre français de l'enseignement supérieur du gouvernement de M Lionel Jospin.  Le système LMD a été adopté en 1999 à Bologne (Italie) par 29 ministres de l'éducation européens.

"Le système LMD vise à harmoniser l'architecture du système européen d'enseignement supérieur." Cette phrase contenue dans la déclaration du 25 mai 1988, va devenir la feuille de route du système LMD en Europe. Les ministres européens vont fixer un certain nombre d'objectifs (très généreux…) au système LMD. Parmi ces objectifs, on peut citer (13)

 

-          concurrencer les universités américaines en attirant les étudiants du monde entier   et particulièrement dans un premier temps les étudiants d'Amérique du Nord et  de l'Asie

-          favoriser la mobilité des étudiants européens et leur assurer une reconnaissance européenne de leur diplômes et cela quelque soit les universités qu'ils ont fréquentées

-          rendre l’Europe des Universités compréhensible, compatible, et donc potentiellement attractive, avec, à terme, l’ensemble des systèmes universitaires du monde —ou, à tout le moins, avec l’architecture de cursus adoptée par toutes les universités qui ont déjà, ou qui visent, un rayonnement international.

-          rendre possible et "rentable", pour l’étudiant européen, sa circulation, sa mobilité, dans toute l’Europe et dans le monde; ce qui ne peut que favoriser la circulation et la fécondation des idées, de la culture, de la recherche, comme la constitution de marchés du travail européens, et la démultiplication de la meilleure offre diplômante adaptée à chaque étudiant en quête du (ou des) diplôme(s) à ses yeux idéal pour se réaliser personnellement et professionnellement. Et cela au bénéfice de la qualification et de l’emploi des populations actives européennes, comme de la croissance et de la compétitivité de l'Europe ou de ses entreprises.

 

De plus, le système LMD possède son "euro" universitaire: les ECTS, pour European credit transfert system (système européen de "crédits" universitaires transférables et, de plus en plus, capitalisables). Pour obtenir sa licence (ou Bachelor), il faut 180 crédits, pour son Master, 300 – et toutes les universités européennes s’engagent progressivement à séquencer les cursus en tranche de 30 crédits capitalisables par semestre, soit 60 qu’il est possible d’obtenir en un an.

 Ce processus européen et intergouvernemental connaît une avancée considérable (malgré sa violente contestation par les étudiants en France durant l'automne 2003, voir plus loin) d’ici à 2005, les 37 pays adhérents auront adopté les dispositions législatives permettant aux établissements d’enseignement supérieur de "passer au LMD".                                    

Il présente pour caractéristique notable d’associer les représentants des principaux acteurs du système universitaire: les Ministères, les Conférences nationales de Présidents d’Universités (réunies au sein de l’EUA (l’Association européenne de l’Université), et les fédérations nationales syndicales étudiantes, regroupées au sein de la National Union of Students in Europe, désormais appelé ESIB. Chacune des conférences ministérielles (Bologne en 1999, Prague en 2001, Berlin en 2003, Bergen en 2005) associe ces trois acteurs. (14)

III)              L'organisation du système LMD

 Le système LMD est organisé  en 3 points :

1. Une architecture des études fondée principalement sur les trois grades de licence (3  ans), master (5 ans) et doctorat (8 ans). 

2. Une organisation des formations en semestres et en unités d’enseignement (Ue). Le nombre de crédits nécessaires pour valider le cursus licence est de 180 (6 semestres de 30 crédits), et celui du cursus master de 120 crédits supplémentaires (4 semestres de 30 crédits). Les Unités d'enseignement sont créditables et capitalisables, c’est-à-dire « transférables dans l’espace et dans le temps ». Toutes les activités d’enseignement sont concernées par ce système de crédits y compris les stages, mémoires, projets                                                                                     

3. Enfin, la délivrance d’une annexe descriptive aux diplômes dite « supplément au diplôme » afin d’assurer, dans le cadre de la mobilité internationale, la lisibilité des connaissances.

 La nouvelle offre de formation ( qui est l'un des dogmes centraux de la "religion" LMD…) est organisée à l'intérieur de grands domaines recouvrant plusieurs disciplines et cohérents  du point de vue des débouchés professionnels auxquels ils conduisent (y inclus évidemment les débouchés vers l'enseignement et la recherche). Comme actuellement le même diplôme peut être acquis de différentes manières, formation initiale, formation continue, formation en apprentissage, validation des acquis de l'expérience.                                              

        Un parcours-type est un ensemble d’unités d'enseignement articulées selon une logique de progression en vue de l’acquisition de compétences identifiées. Ces parcours sont construits par les équipes de formations et peuvent intégrer des approches transdisciplinaires, pluridisciplinaires et professionnalisantes. Ils permettent l’orientation progressive de l’étudiant en fonction de son projet professionnel ou personnel et la prise en compte de la diversité des publics et de leurs besoins. Ils doivent inclure l’acquisition de compétences transversales, notamment la maîtrise d'au moins une langue vivante étrangère, d’outils informatiques et d’outils d’information et de communication.

Le système LMD nécessite donc:

- un travail pédagogique plus collectif : une licence ou un master, c'est d'abord une équipe pédagogique qui définit et assume ensemble la diversité des parcours offerts aux étudiants,

- un accompagnement plus actif des étudiants par des enseignants tuteurs: nécessité d'un  parcours et une spécialisation progressive qui nécessitent des possibilités régulières de faire le point et se réorienter,                                                                                        

- des étudiants appelés à être plus acteurs de leur formation et de leur parcours

- des moyens humains et matériels considérables

- un développement considérable de la recherche scientifique car les laboratoires doivent accueillir des étudiants en première et deuxième année de Master pour des stages de 6 à 8 mois.

Il faut signaler que l'université algérienne est loin de posséder tous ces moyens et atouts nécessaires à la mise en place du système LMD,  et qui sont disponibles dans les grandes universités européennes et les universités privées et publiques américaines.

Comme nous pouvons  le constater,  la réforme LMD avec sa novlangue de bois néolibérale comme: "offre de formation" "parcours de formation" "mobilité" "harmonisation" " long life learning" "professionnalisation" "pôle d'excellence" "validation des acquis de l'expérience" participe à une mythification qui tend à faire croire qu'avant le LMD c'était la table rase en matière d'enseignement supérieur dans le monde entier!

Il faut juste rappeler aux " adeptes" de la "religion" LMD du monde entier que les universités de Berkeley, Gand, Leuven, Jussieu, Paris V,  Cambridge, d’Oxford, de la Sorbonne, de Mannheim, de Salamanque, de Complutense n’ont pas attendu la création d’un marché unique de l'enseignement supérieur  mondial (ou Européen) pour que leur réputation dépasse les frontières de leur pays. De même, les grandes écoles françaises, britanniques, américaines ou italiennes (London Business School, London School of Economics, Insead, Polytechnique, Ecole Normale Supérieure, MIT,  la Bocconi…) voient depuis longtemps la valeur de leur diplôme reconnue dans le monde entier (ou en Europe) réforme LMD ou non!

C'est pour cela qu'en Algérie,  une critique de la réforme LMD est indispensable pour éclairer les vrais enjeux à l'avance et déconstruire le discours sur le système LMD des technocrates néolibéraux du pouvoir, qui est largement inspiré de l'argumentaire des technocrates néolibéraux européens . Cette critique doit être accompagnée de propositions alternatives crédibles pour une université publique performante, qui doivent être largement diffusées auprès de la communauté universitaire et de l'opinion publique afin de s'opposer à l'agenda néolibéral du pouvoir dans le secteur de l'enseignement supérieur.

IV)            Critiques du système LMD

 Durant l'automne 2003, un grand mouvement de contestation estudiantine est né dans les universités françaises contre la réforme LMD et le projet ultralibéral du gouvernement français qui  veut " livrer l'université au Medef " selon l'expression des syndicats d'étudiants et d'enseignants français (15). Ce mouvement de contestation ainsi que certains enseignants des universités françaises ou le système  LMD a commencé à être appliqué à titre expérimental (comme l'université Amiens, l'université de Valenciennes etc…)  et le mouvement alter mondialiste ont produit de nombreux documents et textes critiques (16) pour déconstruire le discours néolibéral des "militants de la résignation" que sont les technocrates néolibéraux et proposer des alternatives aux réformes de l'université.

Comment nous le verrons plus loin, cette critique est valable dans ses grandes lignes appliquée à  n'importe quel système d'enseignement supérieur à travers le monde; mais  la formation sociale algérienne et l'environnement socioéconomique qui entoure l'université algérienne  nous imposent de produire une critique qui intègre aussi  toutes les particularités de notre société.

" Il est révélateur que cet engagement, plutôt brouillon dans les réformes se soit fait sans bilan ou évaluation préalable de l'activité pédagogique que scientifique de chaque université…" ce constat du groupe  Abélard (17) sur la façon dont la réforme LMD est menée en France,  peut s'appliquer aussi à la manière dont le pouvoir est entrain de mener la réforme LMD  en Algérie.

En effet, aucun bilan n'a été fait sur l'état de l'université algérienne depuis 1980, aucun débat démocratique n'a été ouvert avec la communauté universitaire sur les réformes de l'université. Comme d'habitude, le MESRS  a envoyé une note d'orientation aux universités pour mettre en place la réforme LMD, la bureaucratie universitaire a été soudainement prise de frénésie réformatrice, et  elle a  utilisé comme d'habitude le thème  cher à certains économistes et qu'on appelle " la thérapie de choc:" c'est-à-dire pour  mettre  en œuvre une réforme qui a toutes les chances de susciter de nombreuses résistances, il faut aller vite et laisser entendre que l'on ne peut pas rater le train au risque de courir à la catastrophe! (18).  On a mobilisé quelques enseignants (soigneusement choisis) pour qu'ils proposent des offres de formations. Certes certains représentants de la bureaucratie universitaire (comme ceux de l'USTHB et d'autres universités)  ont refusé cette précipitation "suicidaire" à cause du peu d'enthousiasme manifesté par les enseignants pour cette réforme et aussi à cause du manque de moyens.

Comme la réforme LMD ne commencera qu'à la rentrée 2004/2005,  nous n'avons aucun recul pour voir les difficultés de son application sur le terrain, c'est pour cela que la critique doit toucher avant tout les grands dogmes du système LMD, et faire le lien avec les réalités de l'université algérienne qui n'ont rien à voir (parfois) avec les universités européennes.                                                                                                

Nous allons passer en revue quelques dogmes du système LMD:

 Dogme N°1; "l'étudiant est un acteur  libre de sa formation c'est-à-dire que c'est lui qui va choisir son cursus  (comme un menu) pour être ensuite choisi par l'entreprise ou la société" (pour l'Algérie,  il faudra ajouter si l'entreprise existe… car on connaît la faiblesse des investissements hors hydrocarbures pour le moment).             

Par ailleurs est t'il raisonnable de demander à un jeune de 17/18ans d'avoir un projet professionnel qui l'engage pour presque toute sa vie dés son entrée à l'université? Alors que rien ne l'avait préparé à avoir une autonomie ou un potentiel de décision durant son parcours antérieur. Comment les étudiants vont pouvoir construire leurs cursus quand on connaît les grandes  difficultés qu'ils rencontrent aujourd'hui dans un cursus universitaire pourtant balisé dès le départ? Bien sûr, les seuls étudiants qui sauront composer leur menu de façon rationnelle, ce sont ceux disposant déjà de capital culturel et de capital social et qui se recrutent « naturellement » dans les milieux les plus favorisés. Ce qui veut dire que  les inégalités dans l’accès à l’enseignement supérieur en seront un peu plus renforcées.

Dogme N°2: "L'offre de formation est organisée à l'intérieur de grands domaines recouvrant plusieurs disciplines et cohérents du point de vue des débouchés professionnels auxquels ils conduisent (y inclus évidemment les débouchés vers l'enseignement et la recherche)". On peut dire que l'offre de formation remet en cause le cadre national d'organisation des études. Le pire ceux sont les enseignants eux même qui vont le détruire! En effet chaque groupe d'enseignants d'une discipline, ou d'une filière va se "précipiter" par faire une "offre de formation" pour "sauver" la peau de sa discipline! Chaque université  fonctionne en solo et propose des filières locales, des parcours types, au contenu flou et  les Comités Pédagogiques Nationaux connaîtront le sort des dinosaures! La mise en concurrence généralisée entre les universités et les disciplines va mettre l'enseignant en face d'une instabilité professionnelle chronique et il lui faudra coûte que coûte s'insérer dans un projet sinon il rate le train du LMD! Les alliances entre groupes d'enseignants de filières différentes se feront juste pour "sauver" sa discipline et   même si  son nom n'apparaît ni dans les "domaines" ni dans les "mentions". Gageons que toutes les disciplines sans débouchés professionnels vont passer à la "trappe" définitivement, et qu'on retrouvera pas leur nom ni dans les "domaines" ni dans les "mentions" des offres de formation, je pense en particulier  à la philosophie, l'histoire, l'archéologie, la géographie, la physiologie animale etc… il est évident aussi que l'offre de formation entre une université d'une grande ville sera plus consistante que celle d'un centre universitaire. Les grandes universités auront plus de problèmes pour intégrer leurs offres de formation que les petites universités qui vont avoir un choix pas très diversifié.  Pour les enseignants qui proposent des masters, des contraintes supplémentaires aussi vagues que la "pluridisciplinarité" vont  leur faire passer des nuits blanches! Ce sera bien sûr à la commission  nationale d'habilitation (qui fonctionne dans la plus totale opacité et où siègent les experts anonymes et infaillibles!) de donner son avis et en dernier c'est la direction de la formation supérieure graduée qui valider l'offre de formation.   Certains  projets intéressants risqueront de ne pas être validés à cause des critères flous et changeants définis par les experts anonymes.

Dogme N°3: "L`amorce du processus des réformes se fera par l`ouverture, à la demande des établissements, de nouveaux parcours de formation de type BAC+3 (licence) dès la rentrée universitaire 2004-2005. Dans la phase actuelle, le diplôme national sanctionnant cette formation qui ne se substitue, à aucun autre délivré par le Ministère de l`enseignement supérieur et de la recherche  scientifique, sera hautement valorisé non seulement par les contenus scientifiques et pédagogiques de ses programmes et leur pertinence quant aux objectifs qui lui sont assignés mais aussi par l`ouverture à une transversalité disciplinaire" nous dit la note d`orientation du  MESRS relative à la mise en oeuvre de la réforme des enseignements supérieurs.

On est droit de se demander comment l'université algérienne, dans le cadre de la réforme LMD, va échapper à la déréglementation du cadre national des diplômes? Puisque‏ ‏‏ les diplômes seront différents d'une université à l'autre, voire d'un étudiant à l'autre et même s'ils sont dans le même champ de formation? Que veut dire "diplôme national" pour deux offres de formations locales (BAC + 3) du centre universitaire d'Oum El Bouaghi et de l'université de Baji Mokhtar d'Annaba? Ce qui sûr,  nous assistons à la fin de l'égalité des étudiants quelque soit leur université,  le marché du travail  ne va jamais  percevoir les diplômes des différentes universités de la même façon. Certes l'étudiant d'un petit centre universitaire pourra toujours remplir son "cartable" avec des crédits (ou unités d'enseignement) ou "dinars" universitaires à Annaba, Alger, Oran… mais combien d'étudiants des petits centres universitaires et des petites universités auront les moyens d'aller "butiner"  des crédits dans les grandes universités?

Comment  comprendre que le diplôme sera valorisé par "les contenus scientifiques et pédagogiques de ses programmes…"? Alors que le système d'obtention des diplômes dans le système LMD  nécessite de capitaliser un certain nombre de crédits? Ce qui veut dire que le seul critère est un critère comptable, sans aucun critère en terme de savoir (contenu des enseignements) ni en terme d'horaires (nombre d'heures d'enseignement). Beaucoup de problèmes pédagogiques vont surgir, on peut déjà prévoir que la course effrénée aux unités d'enseignements rendra les amphis très hétérogènes et compliquera le travail des enseignants.

Dogme N°4: " La conception et l`ouverture de nouvelles filières, nécessairement intégrées dans le plan de développement de l`établissement, engagent ce dernier, tant au plan de la disponibilité des moyens humains et matériels qu`au plan des attentes de l`environnement socio-économique (local, régional et/ou national)". ‏‏ nous dit encore la note d`orientation du  MESRS relative à la mise en oeuvre de la réforme des enseignements supérieurs. Est ce qu'il faut comprendre de cela que les universités seront de plus en plus autonomes vis à  vis de l'Etat et qu'elles seront de moins en moins financées par l'Etat et de plus en plus par les entreprises locales, régionales ou nationales? Ce qui est sûr c'est que la logique libérale de rentabilité de l'université, de la réductions des coûts et des dépenses publiques dans le secteur de l'enseignement supérieur n'est pas loin…Cela veut dire aussi que les universités situées dans les grandes villes ou existe une activité économique importante seront riches et auront le label de "pôle d'excellence",  tandis que les universités situées dans des zones déshéritées se contenteront de miettes en matière de finances et auront le label  "lycées universitaires", et  leurs étudiants ne dépasseront jamais le L du LMD... La réduction des coûts veut aussi dire que beaucoup de DES (Bac + 4) seront réduits en licence (Bac + 3) afin de réduire le nombre d'heures à payer. Par ailleurs la mise en commun des enseignements, toutes filières confondues, va diminuer fortement le nombre d'amphis, même si cela traduit une incohérence pédagogique!

Dogme N°5: " Une des grandes ambitions  du système LMD est de favoriser la mobilité des étudiants au niveau national et international et de leur assurer une reconnaissance (nationale) et internationale des diplômes (grâce à  l'harmonisation des diplômes) quel que soit les universités qu’ils ont fréquentées".

"la mobilité" et "l'ouverture" " sont parmi les thèmes les plus usités par la novlangue néolibérale, certes  le métier d'enseignant-chercheur a une dimension internationale et la mobilité des chercheurs est fondamentale dans la circulation de l'information et le développement de la recherche scientifique. Mais les réalités socioéconomiques  vont rattraper la "générosité" de la réforme LMD car seuls les étudiants dotés d'un grand capital économique, social et culturel (qui se recrutent "naturellement" dans les milieux aisés) et qui feront leurs études dans les "pôles d'excellence" pourront se déplacer au niveau national et international. La grande majorité des étudiants préparera des diplômes plus professionnels et plus locaux dans les "lycées universitaires"La licence sera le terminus universitaire (et social) de la grande majorité des étudiants… et ceci  permettra la réduction des dépenses publiques dans le secteur de l'enseignement supérieur. Il est évident aussi que la majorité des étudiants n'a pas les moyens pour se payer "la mobilité" au niveau nationale et internationale.

En réalité, la réforme LMD va créer une université à deux vitesses: une université d'excellence (avec un grand capital économique et symbolique) où on trouvera des enseignants-chercheurs tournés vers la recherche internationale encadrant des étudiants généralistes dotés d'un capital économique, social et culturel élevé et qui se recrutent "naturellement" dans les milieux aisés  et une université de "seconde zone"       ou "lycées universitaires" avec des enseignants coupés du monde de la recherche internationale et obligés de courir en permanence derrière des financements de partenaires locaux pour pouvoir donner une formation "locale" (qui s'arrêtera à la licence) à des étudiants sans capital économique et social et dont le diplôme ne sera valable que dans leur région!

Dogme N°6: "… favoriser une meilleure intégration des établissements d`enseignement supérieur dans leurs environnements socio-économiques et institutionnaliser la formation continue en vue de l`adaptation des diplômés de l`enseignement supérieur aux évolutions permanentes des métiers et développer les mécanismes de soutien à l`auto-formation". Nous dit encore  la note d'orientation ‏‏du MESRS relative à la mise en oeuvre de la réforme des enseignements supérieurs.

Cela veut dire que les frontières entre la formation et le travail seront dissolues. Se former c'est travailler et réciproquement, comme l'a prévu Gilles Deleuze:                             " On peut prévoir que l'éducation sera de moins en moins un milieu clos, se distinguant du milieu professionnel comme autre milieu clos, mais que les deux disparaîtront au profit d'une terrible formation permanente, d'un contrôle continu s'exerçant sur l'ouvrier-lycéen, ou le cadre universitaire". (19)                                                                                     

L'un des objectifs stratégiques de la réforme LMD dans le monde entier  c'est la création de "l'université-entreprise" (qui sera dirigé par un président-patron ou un recteur-patron..) ou les entreprises viendront  recruter une main d'œuvre gratuite, c'est à dire les étudiants qui préparent des licences professionnelles et qui sont obligés d'aller travailler pour ces entreprises (sous forme de stages, contrats etc..) pour acquérir les points nécessaires (crédits) à l'obtention de leurs licences.                                         

Les entreprises codéfiniront avec l'université les programmes d'enseignement en fonction de leurs besoins, financeront ou pas (cela dépend de la rentabilité) des bourses, les cycles de formation, les labos…                                                                   

Ce modèle existe déjà aux Etats-Unis ( ou les entreprises privées financent en grande partie les universités privées qui sont majoritaires dans le système universitaire américain) (19) et en Europe depuis des années, on peut citer des entreprises comme Mac Donald, Décathlon etc… qui ont mis en place  en France des "contrats étudiants" à  horaires variables sur l'année qui requièrent une totale disponibilité de l'étudiant et qui est compatible avec l'organisation semestriel sous forme d'unités d'enseignement. En Algérie, les entreprises Coca Cola et Pepsi cola ont commencé à le faire dans certaines  grandes écoles de commerce de la capitale…                                                                       

Les entreprises grâce à La réforme LMD, vont mettre au travail (et gratuitement)  la jeunesse estudiantine  qui peuple les campus du monde entier, pendant tout leur cursus universitaire. Avant même la sortie de l'étudiant de l'université, l'entreprise le plonge déjà dans le "cauchemar" de la "compétition mondiale" et le met dès sa première année d'université en face de la pointeuse!  Il est révolu le temps ou l'étudiant rejoignait le monde du travail qu'à la fin de ses études.

Les formations doivent donc répondre aux attentes des entreprises et tout changement de perspectives de ces dernières entraînera une rectification des savoirs dispensés dans ces formations et cela "tout au long de la vie" c'est ce qu'on appelle la formation continue. La réforme LMD permettra donc aux  entreprises  de disposer "tout au long de la vie" de travailleurs précaires intellectuels.

L'arrivée massive de l"université-entreprise" en Algérie est encore loin car à voir l'état de l'économie de notre pays (hors du secteur des  hydrocarbures bien sûr),  l'absence d'investissement des sociétés étrangères, et la crise qui secoue l'université,  il faudra attendre un certain temps avant que les entreprises privées ou les collectivités locales et régionales  ne viennent engager un partenariat avec l'université. En attendant ce jour, l'université algérienne avec la réforme LMD, formera des chômeurs d'un genre nouveau, c'est-à-dire titulaires de diplômes "locaux" !

I)                   Propositions pour une Université Publique  Performante

La réforme de l'université est indispensable car la crise qui la secoue depuis deux décennies l'empêche de jouer ses rôles et d'assumer ses fonctions et elle en a fait une machine à produire l'échec et les chômeurs. Par ailleurs, il faut souligner que l'université à travers le monde entier a connu de profonds bouleversements, car l'extension de la durée moyenne des études, la massification des études du secondaire et du supérieur, les transformations de l'organisation du travail et la généralisation du système productif à l'ensemble de la société ont assigné à l'université une nouvelle place et de nouvelles fonctions (en plus de ses fonctions académiques classiques).

Cette nouvelle place de l'université et ses nouvelles fonctions  ne doivent pas être utilisées par les partisans du néolibéralisme pour réduire l'ensemble du système éducatif supérieur à une simple offre de prestations intellectuelles monnayables et standardisées et faire de l'éducation une marchandise.

L'Algérie fait partie des rares pays du sud,  qui possède une université nationale  riche d'un potentiel humain et matériel, capable de jouer un rôle stratégique dans la construction d'une économie forte et prospère au service du bien être du peuple comme l'a fait l'université chinoise en Chine (ou (l'université indienne en Inde…).                 Comment réformer l'université actuelle pour en faire une université publique  performante au service du bien être de la majorité de la population?

En plus des revendications d'augmentation des crédits pour l'enseignement supérieur        ( et surtout le budget de formation de l' étudiant) de recrutement massif d'enseignants permanents,  de la relance de chantiers pour la construction de nouvelles universités afin de palier à l'avance aux déficits en places pédagogiques, nous soumettons les propositions suivantes (qui n'englobent pas la réforme des œuvres sociales universitaires, qui nécessitent à elle une étude à part ) pour ouvrir un débat très large sur la réforme de l'université avec l'ensemble de la communauté universitaire,  les partenaires sociaux  et  les représentants  du MESRS:                   

Proposition N°1: Il faut décréter un moratoire sur toute nouvelle réforme avant un bilan et une évaluation des acquis de l'université depuis 1971. Un audit est nécessaire sur l'enseignement supérieur en Algérie et il doit être fait par des experts venant d'universités européennes ou américaines de renom.

Proposition N°2: consacrer  définitivement la démocratisation de la gestion de l'université par  l'élection des doyens de facultés et des chefs de départements (dans un premier temps) et des recteurs ou présidents d'université (dans un deuxième temps)  et veiller à  assurer une représentation réellement démocratique  de l'ensemble de la communauté universitaire au niveau des organes de gestion de l'université qui seront élus. C'est aux recteurs élus,  aux doyens  élus  et aux organes de gestion (avec les collectifs d'enseignants)  que reviendra la tâche de piloter les réformes de l'université.

Proposition N° 3: la démocratisation du savoir, l'égalité des chances entre étudiants, et la préservation des fonctions  académiques de l'université et du caractère public du secteur de l'enseignement supérieur  doivent être consacrées "constantes nationales" afin de pérenniser le service public universitaire.

Proposition N° 4: sauvegarder le cadre national du diplôme national en maintenant les diplômes de licence pour cycle court (Bac + 3)  DES (Bac + 4) et les diplômes d'ingénieur (Bac + 5) (qui représentent un grand  acquis du système public universitaire) après une refonte de leurs programmes (en respectant strictement les normes universelles de l'UNESCO) et leurs adaptations aux objectifs stratégiques des besoins de la société (voir détails dans la proposition 9). La reconnaissance et la revalorisation des diplômes: Licence et DES,  doit être consacrée dans le nouveau statut de la fonction publique et dans le secteur  économique (public et privé).

Proposition N°5: la licence,  le  DES et l'ingéniorat seront les diplômes d'accès au Master, et cela conservera l'égalité des chances entre les étudiants et permettra aux  étudiants qui le désirent  de postuler pour une formation de Master. Ceci permettra de vider la réforme LMD de son contenu néo libéral. Les étudiants du Master bénéficieront d'une bourse conséquente pour mener à bien leurs études.

Proposition N° 6 : Les propositions d’ouverture de Masters doivent venir des collectifs d'enseignants des filières (en fonction des axes de recherche stratégiques, voir plus loin) et c'est aux Comités Pédagogiques Nationaux (dont les membres sont connus de la communauté universitaire et choisis selon Aussi devra-t-elle consolider le caractère de service public de l`institution universitaire, préserver la démocratisation de l`enseignement supérieur leurs compétences) de veiller aux contenus des programmes et aux objectifs des Masters.

Proposition N°7 : Le secteur économique public et le secteur privé national productif doivent avoir la priorité dans le partenariat avec l'université. L'université doit veiller scrupuleusement au respect des droits sociaux des étudiants qui seront intégrés dans ce partenariat dans le cadre des mémoires de  fin d'études de la Licence, du DES, de l'Ingéniorat et des stages du Master.

Proposition N° 8 : démocratiser la gestion de la recherche et  définir les axes et les objectifs de la recherche scientifique pour les 20 ans à venir en focalisant sur la biotechnologie médicale, animale et végétale, la santé des populations, l'industrie pharmaceutique,  l'informatique et la microélectronique, les ressources hydriques, les énergies renouvelables, et la protection de l'environnement.

Proposition N° 9: appel à la coopération scientifique internationale (et pas uniquement francophone comme cela se fait maintenant) et ouverture des conseils scientifiques d'université, des conseils scientifiques des organismes de recherche aux scientifiques de haut niveau de tous pays, appel au co-encadrement des thèses de doctorat  avec les  scientifiques de haut niveau Aussi devra-t-elle consolider le caractère de service public de l`institution universitaire, préserver la démocratisation de l`enseignement supérieur, afin de donner une visibilité de l'université algérienne à la communauté scientifique internationale.

Proposition N°10:   revalorisation des statuts de l'enseignant-chercheur et du personnel technique et administratif de l'université.

Conclusion: La réforme LMD est une réforme néolibérale qui vise la dérégulation de l’enseignement supérieur, elle est aussi un processus de désengagement de l’Etat de l’enseignement supérieur et de réduction de la dépense publique d’éducation. Elle fait de l'éducation, dans le secteur de l'enseignement supérieur, une simple marchandise.             Cette réforme remet en cause les fonctions académiques de l'université, la démocratisation du savoir, l'égalité des chances entre les étudiants et détruit le cadre national des diplômes. Elle n'est pas adaptable aux réalités de l'université algérienne et risque de provoquer un génocide social chez la majorité des étudiants.                      Seule une réforme qui préserve les acquis du secteur public universitaire depuis l'indépendance  et qui vide le système LMD de son contenu néolibéral pourra jeter les fondations d'une université publique performante au service du bien être de la société.

*Universitaire (USTHB, Alger)

Références bibliographiques et notes

(1)   Commission Nationale de Réformes du Système Educatif

(2)   Le pouvoir démontre une fois de plus qu'il ne reconnaît pas le pluralisme syndical pourtant consacré par la constitution de 1989 et les lois sociales en vigueur…

(3)   Malgré ce que qu'affirme la note d'orientation du MESRS relative à la mise en oeuvre de la réforme des enseignements supérieurs: " Aussi devra-t-elle (la réforme) consolider le caractère de service public de l`institution universitaire, préserver la démocratisation de l`enseignement supérieur…) in Note d'orientation relative à la mise en œuvre de la réforme des enseignements supérieurs, disponible sur le Web du MESRS ( http://www.mesrs.dz/)

(4)    Voir notre article " Le syndicat CNES, la crise de l'université et le mouvement syndical en Algérie" paru dans le quotidien "La Tribune" du 31 août 2002.

(5)   On va même réquisitionner des logements sociaux pour héberger les étudiants. Mais il  faut signaler que l'Algérie est l'un des rares pays au monde à avoir une politique des œuvres universitaires (qui doit être préservée) qui bénéficient à la  majorité  des étudiants: le prix de l'abonnement par an au transport universitaire est de 40 DA,  52% d'étudiants bénéficient de l'hébergement, le loyer de la chambre à l'université est de 300 DA par an, le ticket du restaurant universitaire coûte toujours 1,20 dinars et la majorité des étudiants bénéficient d'une bourse d'études. Aux USA par exemple, seuls 50 % des étudiants bénéficient d'une bourse d'études.

(6)   CLA:Conseil des Lycées d'Alger, CNAPEST: Conseil Autonome des Professeurs de l'Education secondaire et Technique, syndicats majoritaires au niveau de l'enseignement secondaire.

(7)   UNEA historique: Union Nationale des Etudiants Algériens (héritière de l'UGEMA) syndicat autonome des étudiants qui a activé du 23/08/963 au 18/01/1971 (date de sa dissolution par le régime du Président Houari Boumediene) après une féroce répression menée contre ses militants  par la police politique.

(8)    Il est heureux que le MESRS ait décidé à partir de cette année de faire appel aux universitaires de France, de Belgique et du Québec pour venir encadrer des étudiants. Mais cette coopération scientifique doit aussi se faire avec les pays anglophones.

(9)   Nous utilisons le concept de "Bureaucratie universitaire" au lieu du concept  "Administration universitaire" car son mode de désignation (cooptée par le pouvoir depuis 1971 sur la base de critères qui rappellent  l'article 120 de l'ex parti unique FLN d'avant octobre 1998)  son  mode de reproduction, ses fonctions  et son intégration dans  le bloc au pouvoir,  en font une bureaucratie comme celle qui a existé dans les pays de l'Est avant la chute du mur de Berlin.

(10)                     Le budget cumulé  pour une formation universitaire graduée est de : 55500 U$ en Allemagne, 47200 U$aux Pays Bas, 44700 U$ au  Danemark, et 36800 U$ en France. Aux USA,  le pays d'origine du système LMD, les frais d'inscription pour une année à l'université de Harvard ou au  Carlyle College sont de 35000 U$! Cette somme ne constitue que 16% du budget de formation par an et par étudiant au Carlyle College!

(11)                     Le ratio d'encadrement est d'un enseignant pour 15 étudiants selon les normes de l'UNESCO. En Algérie, il est d'un enseignant pour 28 étudiants, mais en réalité dans les filières de sciences sociales et humaines (Sciences économiques, droit, langues) il peut être dans certaines universités et centres universitaires d'un enseignant pour 89 étudiants!

(12)                     Des milliers d'universitaires tous diplômes confondus se sont exilés depuis le milieu des années 80 jusqu'à 2004;  pour l'année 2001, 536 universitaires en poste ont quitté le pays. C'est un exil économique vers l'Europe (essentiellement la France), le Canada, et vers les pays du Moyen Orient. Selon une étude parue dans " Le Courrier de l'UNESCO" en 1998, les pays du Sud exportent chaque année 10 milliards de dollars vers les pays du Nord, ce montant représente tout simplement le coût de la formation des universitaires des pays du Sud qui s'exilent vers les pays du Nord!

(13)                     Sylvain Kahn " Espace Européen d’Enseignement Supérieur"                Synthèse n° 117 — janvier 2004

(14)                     Il faut rappeler qu'au contraire des recteurs en Algérie qui sont cooptés par le pouvoir  (voir note N°9) les présidents d'université en Europe sont élus et disposent d'une légitimité qui leur permet de négocier en position de force.             La Conférence des Présidents d'Université de France avait clairement signifié en 2003 à M Pascal Lamy, commissaire Européen chargé du commerce, qu'elle refusait que l'éducation soit considérée comme une marchandise et de fait le secteur éducatif ne devait pas faire partie de l'agenda de l'OMC. In Conférence de presse de la CPU, janvier 2003.

(15)                     François Dufay et Marie-Sandrine Sgherri (avec Pierre-Henri Allain)  "La nouvelle proie du "mammouth" " in  l'hebdomadaire "Le Point" du  28/11/03 - N°1628 - Page 30 .

(16)    "Textes contre Bologne" in  http://www.passant-ordinaire.com/revue   (17)  ABELARD "Recettes pour une université plus mercantile"  in Le Monde diplomatique- mai 2004 p10.

(18) Frédéric Lebaron " Réforme ou contre réforme néo-libérale? Quelques réflexions sur le LMD à partir de l'expérience amiénoise" in  Textes contre Bologne (voir référence 16). 

(19) in Futur antérieur n°1,1990. (20) Les Etats-Unis d'Amérique comptent 4000 établissements de l'enseignement supérieur (universités et collèges). Ils appartiennent en majorité au secteur privé,   dans chaque Etat de l'Union, on trouve deux universités publiques seulement.


 

LE SYSTEME LMD ET SON ADAPTABILITE EN ALGERIE POUR

LA FORMATION DES LICENCES EN TECHNOLOGIE

Par : H. MOULAI et A. NACER

U. S.T.H.B – ‘’ I.T.S ‘’, B.P 32 Bab Ezzouar, ALGER 16111.

hmoulai@hotmail.com

RESUME : Ce travail présente les définitions de base concernant le système de formation universitaire : Licence- Master – Doctorat (LMD) et les objectifs principaux le caractérisant. Nous allons tenter de discuter la possibilité de son application en Algérie dans le domaine de la formation des licences en technologie.

 ABSTRACT: This work introduces the basis definitions about  the new system of university formation : License- Master- Doctorate, commonly named LMD, and the main goals characterizing it. We are going to attempt of discussing the possibility of its application in Algeria in the field of the formation in applied technologies.

 INTRODUCTION :

Le système LMD (Licence Master Doctorat) est basé sur le principe où chaque niveau d’études est atteint par l’acquisition de crédits connus en Europe sous l’abréviation ECTS ( European Crédit Transfer System) et non plus par la validation d’années d’études. La licence correspond à 180 ECTS et le Master à 120 ECST après la licence. Chaque semestre d’études compte pour 30 crédits ECTS [1].

1 crédit ECTS correspond à 20 h de travail (encadré (Cours, TD et TP) + personnel) et l’unité d’enseignement ’UE’ correspond à 6 Crédits ECTS soit environ 120 h de travail.

 L’Europe s’est engagée dans la voie de l’uniformisation de ses programmes de formation universitaire à partir de la réunion de Sorbonne en Mai 1998 [2]. L’architecture du système LMD est définie pour la France par les décrets du 8 Avril 2002 et les arrêtés des 29 et 30 Avril 2002 [4]. Il est mis en application à la rentrée 2002/2003.

Cependant, le système d’unités d’enseignement et de capitalisation des modules, était déjà opérationnel en France pour la formation du DUT (Diplôme Universitaire de Technologie) (2 années à temps plein) dans les IUT (Institut Universitaire de Technologie)  bien avant le lancement du système LMD [3].

 Le lancement du système LMD a été une occasion offerte aux spécialistes d’introduire certaines matières, options, voire spécialités émergeantes, ce qui a permis de faire passer le nombre de spécialités de 25 à 46 licences en France, dans le domaine de la technologie [4]. A l’USTHB, le nombre d’options en génie électrique pour la licence professionnalisante était de 2 pour la formation du DEUA (Diplôme d’Etudes Universitaires Appliquées correspondant à Bac + 3) ; il est proposé à passer à 9, à partir de la rentrée 2004/2005.

Les modalités de formation LMD sont diverses : présentielle, par alternance, à distance et en ligne [4].

 CARACTERISTIQUES DU SYSTEME LMD :

Les caractéristiques du système LMD sont [1] :

-          Transversalité de la formation de base  en 1ére et 2ème année de Licence.

-          Souplesse dans la formation (cursus souples)

-          Réorientation si nécessaire tous les semestres ( non par année)

+ Les étudiants en difficultés en S1 auront la proposition de suivre un S2 particulier dit DCS (Développement de compétences scientifiques) pour permettre un redoublement réussi, une réorientation au sein de la licence ou dans une formation voisine BTS, IUT) [1].

Les UE sont capitalisables et transférables.

Il y a [1] :

-          Les UE obligatoires ‘’Fondamentales’’

-          Les UE (X) au choix soit pour diversifier soit pour approfondir les connaissances spécifiques.

-          Les UE ‘’d’ouverture’’ à des domaines très divers tels que :

-          L’histoire et la philosophie des sciences

-           Les enjeux de société

-          Sport, culture, Engagement associatif

-          Langues

-          Culture Scientifique

 OBJECTIFS DU SYSTEME LMD :

Tout en conservant à la formation des étudiants une forte polyvalence indispensable à l’exercice de leur futur métier et à leur adaptabilité, une certaine spécialisation est rendue possible par l’existence de plusieurs options [5]. L’enseignement correspondant à ces futures activités potentielles ne doit pas conduire à un savoir ‘’encyclopédique’’, mais il doit familiariser les étudiants aux méthodes d’observation, de raisonnement d’analyse et de synthèse ainsi qu’aux procédés de recherche de renseignements qui leurs permettront de mener à bien les taches, très diverses qui pourront leur être confiées. Il conviendra de dispenser cet enseignement en s’appuyant, si possible, sur des projets réels en cours de réalisation [5]. Il vise à l’essentiel : faire acquérir aux étudiants des méthodes de travail et de raisonnement autant que des connaissances, des principes de mise en œuvre et des procédés plus que des recettes. Toutefois, cette formation doit également permettre certaines poursuites d’études aux étudiants qui en manifesteront le désir  et en auront les capacités [5].

 Un des principaux objectifs du système LMD en Europe pour les licences professionnelles concerne la mise en place d’une pédagogie active, projets tuteurés et stages intégrés au cursus afin d’en faire de véritables outils pédagogiques [4]. Il est regrettable de constater que les nouveaux programmes proposés dans le cadre du système LMD (en Algérie) ont été simplement confectionnés de manière hâtive, sans aucune implication des acteurs économiques les plus importants (fournisseurs d’emploi) .

Pour l’Europe, cette réforme est un élément permettant [4] :

-            d’avancer  sur le chemin de l’Europe des citoyens, c’est à dire offrir une meilleure lisibilité aux étudiants et favoriser leur mobilité pendant les études.

-            Participer à l’harmonisation des niveaux d’insertion professionnelle en proposant aux entreprises et aux administrations un cadre européen plus simple.

Ce nouveau cadre a vocation d’offrir des voies de sortie vers les métiers aux trois niveaux prévus (L, M et D) [4].

  

LE TUTORAT :

C’est un élément fondamental pour la réussite de cette réforme. C’est malheureusement un des points faibles de l’université algérienne qui est déjà loin de répondre aux normes internationales en matière d’encadrement [6]. De plus, un enseignant apte à enseigner une matière théorique en salle de cours ne l’est pas forcément quant il s’agit de tutorat, notamment lorsque l’étudiant rentre en période de stage ou de projet. Il est temps que l’université reconsidère ses relations avec le tissu économique et industriel activant dans notre pays, en mettant les mécanismes incitatifs d’un partenariat durable et en ouvrant ses portes aux ingénieurs qualifiés des entreprises pour participer dans les taches d’encadrement et de tutorat.

 

DISCUSSIONS :

 PREALABLES A LA REUSSITE :

 Avant d’entamer toute réforme, il y a des préalables à réaliser qui passent par une évaluation du système à changer, l’identification de ses carences et essayer ensuite de trouver des explications. Pour ce qui concerne le système de formation universitaire Algérien, très peu de responsables se sont inquiétés sérieusement sur les taux d’échecs effarants et la forte déperdition enregistrés dans les campus universitaires. Les débats s’écourtent à mettre en cause les carences linguistiques des étudiants et leur faible niveau de base.

Un autre préalable consiste à définir exactement les besoins à long terme et les orientations stratégiques du pays ainsi que les besoins essentiels du tissu social, économique et industriel. Ceci ne peut être fait par les universitaires seuls. Il est temps que les pouvoirs publiques changent leur appréciation vis à vis des missions de l’université et des universitaires. Ce ne sont plus uniquement les partenaires sociaux auxquels il faut accorder une certaine part, assez souvent durement arrachée, de la rente pétrolière ; il faut les impliquer et les associer directement dans la politique de développent du pays et en faire les éléments moteurs dans sa réalisation.

 Il est indispensables que les programmes de formation soient l’œuvre conjointe des universitaires et des industriels, opérateurs économiques et organismes sociaux les plus importants, en les orientant de telle sorte à assurer en même temps, connaissances , savoir et métier. La formation actuelle est beaucoup plus basée sur l’acquisition des connaissances et la recherche prend un aspect de plus en plus théorique. Il est temps d’orienter la formation universitaire et la recherche vers d’autres débats et modes d’évaluation. La formation devrait non plus être évaluée par le nombre de diplômés mais par le degré d’intégration de ces derniers dans le tissu économique, et la recherche par le nombre de brevets, d’expertises ...etc. Une attention  particulière est à accorder à la part de la recherche appliquée dans l’activité des universités et leur degré d’intégration avec les partenaires économiques et sociaux. Il est vrai que le tissu industriel actuel n’est plus ce qu’il était durant les années 70, laquelle période avait grandement besoin de ces réformes.

 D’autres éléments de réussite de toute réforme, ce sont la sensibilisation et l’information : On constate une totale inexistence, que ce soit en direction des enseignants appelés à assurer sa mise en œuvre que des étudiants qui devront suivre un cursus universitaire dont les mécanismes diffèrent totalement des précédents. Ceci est un signe de légèreté avec laquelle cette réforme est entamée, ce qui laisse assez sceptiques le corps enseignant et la communauté estudiantine vis à vis de cette réforme.

De plus, les européens vont vers un système de tutorat d’accompagnement et de soutien auprès de chaque étudiant, alors que les moyens matériels et humains mis en place localement sont à peine suffisants pour assurer une formation sommaire. Des voies officielles se sont parfois prononcées pour la suppression des projets de fin d’études et de leur soutenance afin d’éviter les tracasseries relatives à la programmation et à la gestion de l’accès au campus des différents invités à ces cérémonies.

D’autre part, si la note d'orientation relative à la mise en œuvre de la réforme des enseignements supérieurs [7], mentionne une subvention de 60 millions de dinars par option nouvellement créée, il est loisible de constater qu’à la veille de l’application du système LMD, rien n’indique la venue de cette aide. Pire encore, les quelques département et instituts engagés comme pilotes pour la mise en place de cette réforme, ne sont que des structures sans moyens et sans existence légale, souvent greffées en appendices des grands départements de cycle long ou des rectorats. Ils servent parfois de purgatoire pour les enseignants indésirables dans les cycles supérieurs ou de tremplin pour gagner des heures complémentaires pour d’autres.

On constate également qu’aucune réunion de coordination à l’échelle régionale  ou nationale n’est tenue entre les différents groupes de travail chargés de préparer les programmes , en dehors du séminaire organisé par l’UFC [8] les 15, 16 et 17 Juin 2004, qui est tout de même insuffisant pour sceller les programmes d’une réforme pouvant engager l’avenir de la formation universitaire pour une très longue période. Cependant, il y a lieu de reconnaître que c’est une des rares fois que les pouvoirs publics se lancent, à temps, et de manière franche dans un processus de réformes

Cette réforme porte des objectifs nobles où elle admet clairement la valorisation du travail extra présentiel que chaque étudiant doit fournir. De même qu’elle présente une souplesse permettant à l ‘étudiant de choisir le parcours convenable le menant vers un métier. C’est un moyen de lutte contre l ‘échec scolaire. Cette expérience peut étre vécue très favorablement des deux cotés, tant de celui de l’étudiant qui se sent soutenu dans son parcours que celui de l’enseignant qui élargit son rôle et éprouve un réel plaisir à exercer ces nouvelles fonctions [9]. Cependant, la forte densité d’étudiants ne permet pas facilement d’établir et de gérer des emplois du temps personnalisés pour chaque étudiant en fonction du parcours qu’il a choisi.

La part des comités pédagogiques dans la gestion de la scolarité des étudiants est équivalente à celle d’un département actuel.

La gestion de cette réforme incombe à trois comités :

-       Le comité pédagogique

-       Le comité d’accueil, d’orientation et d’encadrement pédagogique (CAOEP)

-       Le comité d’études et de l’innovation pédagogique (CEIP)

 PROGRAMMES :

 Ce système est le bienvenu dans le sens où cela représente une opportunité pour remettre à jour des programmes de formation dont le contenu est souvent vieux de plus de 10 ans  et aussi pour introduire de nouvelles techniques voir options qui se sont imposées sur le terrain économique et industriel.

Cependant, ce qui est introduit comme étant une licence en technologie est globalement proche de la formation du diplôme d’études universitaires appliquées DEUA dont la durée est de trois années, à la grande différence que ce dernier est basé sur un système d’évaluation annuel. Ce dernier a également la grande spécificité d’être à la fois académique permettant à plus de 10% des sortants de poursuivre des études d’ingénieur, voire de doctorat, et aussi au reste des diplômés de s’intégrer très rapidement dans des secteurs économiques et industriels divers. D’autres sont allés jusqu’à créer leur propre entreprise.

La première question qui se pose est de savoir si les universités algériennes sont en mesure de gérer administrativement un nombre d’emplois du temps multiplié par deux, ce qui représente un pari déjà matériellement difficile et dont les administrations, ‘’longtemps habituées à la farniente du système annuel’’, auront du mal à accepter.

De plus, la scission de la licence en deux formules totalement différentes, à savoir la licence professionnelle et la licence académique risque de produire des diplômés ‘’unijambistes’’ complémentaires, c’est à dire l’un trop pratique dont le profil pourrait être assimilé à celui d’une formation professionnelle et l’autre purement théorique ne pouvant pas, au terme de la licence, s’intégrer dans le milieu économique et industriel. L’autre crainte [10],  est la perte du caractère national de ces diplômes, du moins pour ce qui concerne les licences professionnelles, pour répondre à une formation à la carte aux besoins du tissu économique et industriel local. Ceci peut être une bonne exception qui permettra à l’université de trouver certaines sources de financement, mais jamais la règle. Ce caractère national peut être préservé en multipliant les options de telle sorte à ce que chaque région puisse trouver celles qui sont spécifiques à son activité économique. Toujours est il qu’il faut définir les besoins des opérateurs nationaux. A l’heure actuelle, les programmes de formation sont confectionnés à l’intérieur des campus universitaires, sans aucune association des principaux recruteurs de nos diplômés.

 

EQUIPEMENTS :

Il faut non seulement équiper les laboratoires de moyens didactiques pour une formation pratique de haut niveau en conformité avec les besoins nationaux en matière industrielle économiques et sociale; mais aussi de moyens de réalisation de prototypes, de produits nouveaux, pouvant intéresser les industriels, opérateurs économiques... Aujourd’hui, elle doit non seulement donner des connaissances mais surtout transmettre un savoir, offrir un métier à nos étudiants et créer de nouveaux produits, processus, techniques... Un préalable à cela, c’est la prise de conscience et la volonté des pouvoirs publics de donner les moyens à ce cycle de formation qui lui permettront de répondre efficacement aux besoins des PME/PMI. Il faut cependant avouer que ce cycle de formation a été à l’origine créé sans aucun moyen, dans le but essentiel est de réguler les flux et d’absorber les ‘’mauvais étudiants’’.

 

FUITE DES CERVEAUX :

Par rapport, à ce problème mondial, il n’est plus nécessaire de se lamenter du fait que cela va faciliter la ‘’cueillette’’ des fleurons de l’université algérienne et leur intégration dans les laboratoires de recherche et industries européens. La seule parade à cela est la prise en charge sérieuse des chercheurs nationaux.

 

BIBLIOGRAPHIE :

 [1] http://dsu-net.ujf-grenoble.fr/

[2] http://www.cpu.fr/

[3] Le BO, France, No 7, 30 Juillet 1998, P 96-114, Hors série, ‘’Programme pédagogique National – Génie électrique et Informatique industrielle’’.

[4] R. CHIGNOLI, ‘’ Cursus européens à Bac + 3 dans le domaine des STIC : Le Projet des IUT, Septembre 2002.

[5] Le BO, France, No 7, 30 Juillet 1998, P 120-148, Hors série, ‘’Programme pédagogique National – Génie Civil’’.

[6] Selon Mr R. HARAOUBIA, Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Scientifique : ’’ Il faudra recruter 43300 enseignants d’ici 2008 pour se mettre à un niveau en respect des normes internationales, sachant qu’actuellement, il y a  23205 enseignants dont 3442 de rang magistral (dont 1408 professeurs)’’ dans ‘’L’université algérienne accuse un déficit d’encadrement ‘’- Plus de 40000 enseignants doivent être recrutés d’ici 2008 – Cherif Bennaceur, Le Soir d’Algérie , 14 Juillet 2004.

[7] Note d'orientation relative à la mise en œuvre de la réforme des enseignements supérieurs, (http://www.mesrs.dz)

[8] Université de la Formation Continue, 3émes Assises Pédagogiques Nationales, 15, 16 et 17 Juin 2004 ; B.U. El Hamma, Alger.

[9] M. ABED et M. OURAK, ‘’ Réforme LMD et nouvelle architecture des fonctions en sciences et techniques dans une université pilote’’ Mourad.Abed@univ-valenciennes.fr   ; Mohamed.Ourak@univ-valenciennes.fr

 [10] F. CHERBAL, ‘’ La réforme LMD et l'université algérienne: les vrais enjeux’’, El Watan, 4, 5 et 6 Septembre  2004.

 

 

 

 

 

 

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